Une autre voie à la destruction créative de Schumpeter ?

En réponse à l’article « Le numérique est il schumpétérien« .

Des moyens de production de plus en plus accessibles
Avec le développement d’une économie ouverte et contributive, nous sommes en train de redonner des moyens de production à tous. Cela s’accélère avec l’augmentation de biens communs à disposition de tous, dans le monde du logiciel (ex avec github.com), du matériel (ex avec thingiverse) ou des lieux (cf le développement des tiers-lieux). Je ne pense pas que Schumpeter imaginait il y a 100 ans que l’on mettrait en place ces outils de partage…Que les licences libres et Internet, par la mise en place d’un réseau décentralisé basé sur un protocole ouvert, permettraient l’organisation de milliers de personnes autour de la production de biens communs.

…mais de moins en moins d’emplois.
La « destruction créative » devait permettre de régénérer de l’emploi, ce qui n’est plus le cas avec l’automatisation permise par le numérique. Mais la perte d’emploi est elle si grave si elle signifie par ailleurs la généralisation de biens communs à disposition de tous ? Si l’on transforme une partie de l’emploi en activité de contributeurs qui prennent soin ensemble des communs ? Tout en favorisant une productivité passionnée où chacun intervient pour « donner » le meilleur de soi-même là où il se sent le plus utile ? Si comme dans l’exemple de Wikipedia, on permet un accès libre au monde entier à la connaissance, à la fois en tant que contributeur ou utilisateur ?

Faut il parler de « créativité contributive » au sein d’une économie contributive ?
Si l’on reprend Schumpeter, on ne devrait plus parler de « destruction créative » mais de la « créativité contributive », basée sur de plus en plus de biens communs qui s’enrichissent pas à pas. Il est difficilement envisageable de réussir à détruire Wikipédia ou Gittip par un nouveau produit concurrent. Ce sont déjà des biens communs libres et ouverts à tous, fournissant un service de qualité qui est le moins cher possible. La plupart feront le choix de contribuer à améliorer ces projets plutôt qu’essayer de les concurrencer. Par contre, il y a un intérêt à améliorer chaque jour ces biens communs avec les nouvelles solutions apportées par la libération d’autres biens communs. Et donc emmener les actuelles communautés ou les outils à se modifier vers ces nouvelles solutions. Un beau moyen d’éviter de détruire l’investissement de ces milliers de personnes dans leurs projets. A l’inverse des logiques actuelles qui détruisent par cette « destruction créative » le désir investi par les travailleurs dans leurs entreprises pendant des dizaines d’années. C’est ainsi que le système Debian/GNU/Linux, l’un des plus vieux projets libres, ne cesse d’être amélioré depuis plus de 20 ans sans passer par l’étape de « destruction créative »… Autre intérêt, cette économie contributive permet à travers son fonctionnement de relancer le désir alors qu’une économie basée sur l’unique objectif financier tend à nourrir nos pulsions. Avec l’économie contributive, nous retrouverions le vrai sens du mot économie, qui est la gestion des communs de la maison…

Le risque d’avoir moins d’emplois, moins d’argent, et cela sans production de biens communs.
Cette économie ouverte est encore balbutiante. On doit s’inquiéter du fait que sans temps libre à produire des biens communs, ce sont des acteurs privés dirigés par les gains financiers qui prennent le pouvoir de gestion de ce qui automatise la société (Ex de Google, Facebook, Amazon etc…(1)). Nous nous dirigeons donc vers une concentration de plus en plus forte de l’argent par ceux s’accaparent la richesse permise par l’automatisation. Un peu comme si Internet avait été pensé par une seule entreprise plutôt que comme un bien commun. Et que cette entreprise ramasserait aujourd’hui l’argent des milliards d’utilisateurs sans jamais rendre libre ses produits, ou reverser ses gains par l’emploi ou l’état.

Face à l’urgence, quels outils pour favoriser le travail contributif et la production de biens communs ? 

Pour que cette économie ouverte se généralise, il faut des outils adaptés permettant aux contributeurs aux biens communs de vivre… Il faut alors repenser la redistribution de l’argent sans passer obligatoirement par l’emploi, l’emprunt ou l’aide sociale culpabilisante (en France le RSA, le Chômage, la Caf).

  • Le financement par les subventions pourrait être une piste si il est complètement repensé. Car les subventions n’ont jamais su financer le logiciel libre ou des projets comme wikipédia, qui a attendu plus de 5 ans avant de juste pouvoir se payer ses serveurs. L’acteur public cherche à créer de la valeur économique au sens « PIB », ou à créer de l’emploi. Il est trop souvent en logique de compétition avec d’autres territoires pour oser prendre le chemin de la production de biens communs.
  • Créer une monnaie avec un fonctionnement différent. L‘exemple de Bitcoin nous donne quelques pistes, mais Bitcoin est mal pensé. OpenUDC, qui se défini comme une monnaie libre semble beaucoup plus prometteur, en introduisant de fait un revenu de base, où chacun reçoit autant dans l’espace et dans le temps. Cela donnerait le pouvoir d’innover directement aux individus qui pourraient plus facilement investir du temps dans cette économie ouverte. Les citoyens sont ceux qui voient le mieux l’intérêt de produire des solutions libres au sein d’une économie ouverte.
  • Mettre en place d’un revenu de base, qui serait instauré par les Etats. Pour tenter cette voie, signons la pétition pour l’introduction d’un revenu de base. Mais j’ai bien peur de l’incapacité de l’action publique à réagir suffisamment vite alors que les nouvelles monnaies numérique fleurissent. Avec le même risque que celui d’un interne propriétaire, où des acteurs privés s’empareraient du marché international des échanges monétaires. C’est déjà presque le cas de Bitcoin, mais d’autres comme Amazon y travaillent.
  • Utiliser des outils de financement citoyens. Le projet Gittip.com est aussi particulièrement intéressant comme outil de gestion de la transition. Ce projet se définit comme la première entreprise ouverte. Le service proposé permet de donner chaque semaine de l’argent à des projets et des personnes. Ils permet aussi aux contributeurs aux projets libres de choisir eux-mêmes combien ils prendront de rémunération. En attendant un nouveau fonctionnement de la monnaie ou un revenu de base, c’est un outil parfait pour contribuer au développement des biens communs…. Vous pouvez d’ailleurs donner à OpenUdc pour permettre le développement du projet.

Deux ans après avoir participé à une conférence rassemblant  plus de 300 chercheurs autour de l’innovation sociale à Vienne, et où Schumpeter était intervenu en fiction, je me dis que ce n’était peut-être pas la meilleure base idéologique pour penser à l’innovation sociale « ouverte »…

Pour en savoir plus sur l’économie ouverte et contributive, une vidéo de 9mn reprise du travail d’Arts Industrialis. On a besoin de débats sur ces sujets que l’on découvre. Je serai ravi d’avoir des discussions, des critiques de mon article, etc..

  (1)Comme tout est complexe, il se trouve que même si des entreprises comme Google ou Facebook verrouillent une grande partie de leurs outils, ils sont aussi de grands contributeurs au logiciel libre…

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1 Comment

  1. Merci Alexandra c'est vraiment très gentil, je m'attendais pas à ça en ouvrant le blog aujourd'hui !!! Les autres réas sont superbes. Ca donne des idées.Bonne journée

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